Question de dignité

Publié le par Richard Lecocq

« J'aime Michael. Dis lui de ne pas s'inquiéter au sujet de son retour ici. Ils passent leur temps à créer du scandale autour de ceux qui ont du talent ». Ces propos tenus par James Brown au Révérend Al Sharpton en 2006 trouvent aujourd’hui un écho incroyable dans les médias. La photo de Michael Jackson, mort, sur son lit d’hôpital, a fait le tour du monde. Le procureur savait ce qu’il faisait en la montrant au jury, et surtout aux téléspectateurs. Et les médias sont tombés dans la facilité en la matraquant pendant plusieurs jours.

 

En France, Paris Match et VSD l’ont publié en double page – grand format. La qualité même du document ne compte pas face au choc qu’il provoque. Evidemment. Tout ce qui touche Jackson, y compris sa mort, relève du scoop, du scandale à mettre à la Une. Cela ne s’arrêtera donc jamais. On avait déjà eu les photos de sa chambre, après son départ vers l’hôpital. Tentez l’expérience autour de vous en dénonçant ces images indécentes et vous sentirez des réactions agacées ou blasées : « Oui, c’est triste, mais de toute façon, on en fait trop dès qu’il s’agit de lui ». « Tu le défends parce que tu es fan ». Il faut donc croire que toute la classe politique est fan de DSK. Et toutes les grands noms du cinéma collectionnent avec assiduité les DVD de Polanski. La bonne blague…

 

Quand cessera donc ce « un poids, deux mesures » ? La vie de Jackson a certes connu des hauts et des bas, tout comme Chaplin ou Welles. Mais le discours au sujet du chanteur reste, pour l’instant, toujours marqué par un voile de soupçons insistants. A la décharge de ces détracteurs, Jackson a, à une époque, joué avec la rumeur. Mais au final, n’oublions pas de repréciser, puisque c’est nécessaire voire indispensable, qu’il a été totalement innocenté au terme d’un procès qui s’est déroulé dans un comté assez hostile (les fermiers blancs n’aiment pas les hommes riches et noirs).

 

Les rois se suivent et se succèdent comme des miroirs qui se renvoient des images inversées. En 1977, lorsqu’Elvis a quitté Graceland pour l’éternité, le respect restait de mise. Beaucoup ironisaient sur son physique des dernières années. Mais il y avait une limite. C’était, sans aucun doute, une autre époque, et une autre façon de considérer les artistes. Le Roi du Rock’n’Roll a reçu les meilleurs soins. Les infirmiers et les médecins lui ont rendu un dernier hommage dans sa chambre d’hôpital en lui récitant une prière. Embaumé comme les plus grands pharaons, coiffé et maquillé comme dans les coulisses du concert d’une vie, il a quitté la scène terrestre en tirant sa révérence dans la dignité. Jackson, lui, a vu sa dépouille faire le tour des smartphones made in China, deux ans après avoir fait bugger Internet. Qui voudra à présent encore nous faire croire qu’il s’agit « d’une révolution » ?

 

 

Richard Lecocq

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