Le juge et la sentence

Publié le par Richard Lecocq

Il y a des jours où certaines paroles réussissent à nous faire oublier – pendant un instant – certaines injustices. Hier, le juge Pastor en a fait une éclatante démonstration. Depuis sa condamnation prononcée le 7 novembre dernier, Conrad Murray passe ses journées dans une prison de Los Angeles, dans l’attente des détails de sa sentence. Depuis hier, il est fixé. Son visage toujours aussi blême, il a écouté, sans mot dire, les propos des deux parties puis ceux du juge. Mais l’éventuel soupçon de compassion qui pouvait encore survivre dans l’esprit de celles et ceux qui tentaient de le voir comme un « bouc émissaire » s’est envolé depuis bien longtemps. Pendant cette dernière séance, le juge Pastor a invité Murray à prendre la parole s’il le désirait. Son avocat s’est empressé de signaler que son client ne le souhaitait pas. Pastor a alors fait remarquer qu’il avait bien compris que Murray préférait rester silencieux devant la Cour Supérieure de Los Angeles mais n’avait pas hésité à bavarder longuement devant les caméras d’une émission de télé-réalité à sa gloire. Encore une fois, l’appât du gain et la vanité ont tiré une balle dans le pied du maudit docteur.

 

L’annonce de cette sentence n’avait rien à envier aux tragédies grecques ou aux comédies satiriques. Les propos tenus par Ed Chernoff, l’avocat de Murray, relevaient de l’actor’s studio : « comment effacer toutes ses bonnes actions passées et ne juger que l’épisode du 25 juin ? » s’est-il exclamé. Désespéré et usant de ressorts dramatiques à la limite dé l’indécence et d’un certain comique (un mélange qui met mal à l’aise…), le camp Murray a sorti son ultime numéro de pleurnicherie. En vain…

 

Le juge Pastor a très bien joué son rôle hier. Il a laissé les deux parties s’exprimer, avant de se lancer dans la présentation de la sentence. Son discours est vite apparu comme un exercice de style de haut niveau, une démonstration. Avec une progression fulgurante qui a confronté Murray à ses actes de la façon la plus censée et humaine possible, Pastor a passé en revue les manquements du cupide médecin. Le documentaire diffusé quelques jours après le verdict a forcément laissé un goût amer dans la bouche du juge. Ce dernier en a retenu cette phrase de Murray : « je ne me sens pas coupable car je n’ai rien fait de mal ». Choqué et estomaqué par ces propos, Pastor a violemment dénoncé « le manque de remords et de culpabilité » de l’accusé : « il est et reste dangereux », a-t-il déclaré sans ambages, probablement en réponse à l’avocat du praticien qui continuait de louer ses « services rendus à la communauté »…


Mais Pastor avait sous le coude un lot de citations qui lui ouvraient un boulevard pour appuyer son argumentation et sa décision. La sentence de 4 ans de prison ferme n’est pas tombée par hasard. Il n’a ressenti aucune compassion et trouvé aucune circonstance atténuante à cet homme grassement payé (150 000 dollars par mois) qui a tenté d’inverser les rôles en accusant Jackson de « l’avoir piégé ». « Pardon ?! Il veut blâmer la victime ? », s’est estomaqué le juge. « Non seulement il n’exprime aucun remords, mais en plus il se montre outrancier envers le défunt ».


Dans cette histoire, le cynisme a tenu le haut de l’affiche. Tous les standards ont explosé et, au passage, Murray s’est lancé dans un exercice que Pastor qualifie de « médecine expérimentale ». Sauf que Jackson n’était pas un cobaye : « le fait que Murray participe à cela ne l’excuse en rien et ne diminue en rien sa punition », a conclu le juge. « Dr Murray aurait très bien pu refuser de traiter Jackson en disant non, comme d’autres avant lui l’ont fait ».

Cerise sur le gâteau : les enregistrements de Jackson sous l’effet des médicaments réalisés par Murray. Au-delà du non respect du serment d’Hippocrate, cette triste manœuvre soulève des questions élémentaires d’éthique et de respect. Pastor ne s’en est visiblement pas remis : « Je me le suis demandé à plusieurs reprises : pourquoi cela s’est produit, et pour quelles raisons ? ». L’hypothèse la plus logique, compte tenu des dernières exploits de Murray qui a tout de même travaillé pendant 2 ans sur une émission de télé-réalité, voudrait que ces conversations fassent office, selon les termes de Pastor, de « police d’assurance ». Le docteur gardait dans sa sacoche des documents pour faire chanter son célèbre patient en cas de rupture de contrat. Si les masques sont tombés depuis longtemps, le juge s’est contenté d’épingler
celui du coupable sur le mur de la salle d'audience. Mais il n’y a décidément aucune gloire à tirer de ce triste épisode, et le juge l’a bien fait comprendre également. Et au final, le cirque continue : à l’annonce de la sentence, les abords du tribunal se sont transformés en piste de danse improvisée… La décence n’a de valeur que si elle est partagée par les deux camps. Repose en paix, Michael… Tu nous manques tant.

 


Richard Lecocq

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